Pour sourire : passation de commandance

31 mars 2008

Celles ou ceux qui connaissent mon penchant à analyser parfois de manière grinçante le discours militaire ne seront pas étonnés. Je n'ai pu résister au plaisir de reproduire in extenso le contenu d'un billet publié ce lundi 31 mars 2008 sur le blog Secret Défense de Jean-Dominique Merchet - journaliste à Libération - et intitulé Pour sourire : «Vous reconnaîtrez désormais comme manager l'attaché principal d'administration…»

D.Q.S. ? (De Quoi S'agit-il ?) Pour faire bref, l'Armée française, à l'instar de maintes autres, vit actuellement une phase de restructuration. Il est prévu de revoir à la baisse à partir de l'été 2008 le nombre des emplacements militaires répartis sur le territoire français. Rompant ainsi avec la tradition des garnisons de proximité, la France entend passer de plusieurs centaines d'implantations militaires à quelque 87 ou 90 pôles (selon les sources) baptisés «Bases de Défense» (BdD).

Abandon de garnisons, dissolution de régiments, l'inquiétude gagne les milieux militaires. Je dirais même que cela chahute un peu au dernier rang où les plus effrontés se refilent sous le manteau le texte que voici.


27 juin 2018, manifestation de passation de management de la base de sécurité et défense de X...

Le commentateur : Mesdames, Messieurs,

La manifestation à laquelle vous allez assister est organisée à l'occasion de la passation de commandance de la base de sécurité et défense de X... Elle est placée sous le haut patronage de M. le Haut manager à la défense, près le ministère de la sécurité. Sur les rangs, de l'extrême gauche vers la gauche, vous reconnaîtrez : l'agence de management de la base, la task-force de l'out-sourcing, la cellule de benchmarking, le bureau des ingénieurs civils pilotes de drones et robots, le bureau des commandos de la guerre virtuelle, le bureau des experts de systèmes de systèmes, le bureau du contrôle de gestion, les délégations syndicales, la société de transports contractualisés, l'entreprise de maintenance externalisée, le comité local de vigilance contre la résurgence du militarisme, les pompiers de la municipalité, une délégation de la gendarmolice, une délégation de consultants.

Par devoir de mémoire et respect humanitaire, une délégation de l'association des anciens militaires et de drapeaux des anciens régiments et bases aériennes dissous a été conviée. Elle est placée à l'extrême droite du dispositif.

La manifestation commencera par une allocution du délégué à la défense de la préfecture régionale, qui prononcera la formule de passation de commandance : «Vous reconnaîtrez désormais pour manager l'attaché principal d'administration Jean Civil, ici présent, et vous vous concerterez sur tout ce qu'il vous proposera, pour le bien du service, l'observation des lois, le respect de la réglementation et la garantie de la sécurité de la France».

Il est rappelé que :

- par solidarité avec les personnes à mobilité réduite, il est recommandé de ne pas se lever pendant que le DJ fera jouer le MP3 de l'hymne national «La Lilloise» ;

- lorsque que le délégué criera «Et par le ministre», vous êtes invités à répondre, avec les collaborateurs de la base, «vive la sécurité.

Cette première partie de la manifestation sera suivie d'une marche éco-citoyenne de proximité et de solidarité républicaines, organisée selon le rituel officiel établi par M. Découfflé, président du comité de démilitarisation des manifestations de la défense. Le DJ diffusera la version remixée de l'hymne de la défense «Civils et volontaires». Vous êtes bien entendu invités à chanter en profitant de l'écran géant de karaoké placé en fond de tableau.

Enfin, un buffet payant vous sera servi par la société Sodexho. Une partie des bénéfices sera versée à l'Association de secours aux anciens militaires devenus SDF (ASAM-DSDF), l'autre partie étant au profit des associations Greenpeace, DAL et ATTAC.

«Bon, maintenant que tout le monde a bien ri… vous, là… oui, oui… vous qui faites comme celui qui ne trouve pas le bouton Share This, vous me ferez cent billets sur les vertus du futur modèle d'armée. Ça vous apprendra à disséminer des horreurs sur l'armée de demain.»


Hyperliens
Secret Défense (blog) | Jean-Dominique Merchet

Share/Save/Bookmark

Sphere: Related Content

Le «Petit Livre rouge» de Mao Tsé-toung

29 mars 2008

Lors de ma semaine d'état-major au début mars 2008, je suis tombé au cours d'une de mes revues de presse sur une lettre de lecteur parue dans le quotidien valaisan LeNouvelliste. L'auteure de la lettre [je n'ai malheureusement pas retenu son nom et je m'en excuse] y relevait la fulgurance de l'analyse du philosophe et écrivain Jean Romain dans un billet paru dans le même Nouvelliste, le 5 mars 2008, et intitulé «Le Petit Livre rouge». Entre-temps, j'ai failli oublier de rédiger ce billet qui avait pris forme «sous les drapeaux».


Partant du constat qu'aujourd'hui «on ne parle plus que de la Chine, [le] pays au taux de croissance époustouflant, le pays des JO, le pays de l'avenir pour les investisseurs», Jean Romain s'attache à considérer la place qu'est en droit d'occuper dans une bibliothèque le fameux Petit Livre rouge de Mao Tsé-toung*.

Il fut la Bible de bien des gens durant les années 1960. Même chez nous, en Mai 68, nos fringants étudiants maoïstes et futurs tabellions se donnèrent dans l'extase le frisson révolutionnaire.
Pour Jean Romain, à tout choisir, entre le rayon des documents historiques, celui des monuments et celui des livres qui sont au fondement d'une institution, le Petit Livre rouge de Mao Tsé-toung se range sous «Documents». Les sinologues approuveront certainement cette classification. En regard des classiques chinois ainsi que du rapport au temps et du pragmatisme qui caractérisent la civilisation chinoise, le Petit Livre rouge, c'est tout au plus un succès de librairie.


Pragmatisme chinois

Jean Romain, nous dit aussi que la Chine moderne est aux antipodes de la pensée de Mao Tsé-toung et que, faisant preuve de pragmatisme, elle se développe.

[La Chine] a compris que si l'on veut nourrir les gens et leur donner de quoi vivre dignement, il faut renoncer à l'idéologie, à la planification étatique, redistribuer les terres, et surtout laisser l'économie de marché prendre le pas sur la dictature du prolétariat.
Au gré du balancier historique qui la fait osciller en allers et retours plus ou moins prononcés entre la doctrine confucéenne et les préceptes taoïstes/légistes, la Chine se développe. Plutôt, elle change, à son rythme et dans les limites que lui accorde son passé multimillénaire. Elle nous paraît même adopter les principes de l'économie de marché, ce qui devrait - de notre point de vue d'Occidentaux - l'entraîner obligatoirement sur la voie de la démocratie. Cela nous rassure, plus sur nous-même et notre vision du monde, que pour tout autre chose. Chez certains commentateurs politiques ou économiques, on décèle toutefois la crainte que la Chine réussisse à intégrer les principes de l'économie de marché, sans verser dans la démocratie. Voilà qui bousculerait maintes certitudes érigées en lois.

Si on prend le temps de lire attentivement Le Tao du Prince du philosophe chinois Han Fei (IIIe siècle avant notre ère), dans sa version présentée et traduite du chinois par Jean Levi, adopter les principes de l'économie de marché sans intégrer ceux de la démocratie n'apparaît pas comme une chose impossible pour la Chine. À l'inverse du Petit Livre rouge de Mao Tsé-toung, l'oeuvre de Han Fei trouve sa place, elle, à côté de nos plus grands textes fondateurs tels que la République de Platon, le Léviathan de Hobbes, Le Prince de Machiavel ou Le Contrat social de Rousseau. En véritable doctrinaire du légisme, Han Fei pousse la logique du système jusqu'à ses ultimes conséquences, pour aboutir finalement au mêmes conclusions que la théorie libérale. Le contrôle de la société au travers d'un système implacable d'«incitations» et de «sanctions» n'est pas sans rappeler, sur le principe, le fonctionnement du libéralisme, une autorégulation sociale obtenue par le libre jeu de l'offre et de la demande. Lorsque dans ses «Charades extérieures», Han Fei affirme que «L'altruisme excite la haine ; l'intérêt personnel assure l'harmonie. Animosité et conflits dressent parents et enfants les uns contre les autres, alors qu'il suffit de donner du bouillon gras à ses ouvriers pour être bien servi», comme le relève Jean Levi, nous ne sommes pas bien éloignés du célèbre passage d'Adam Smith sur la «bienveillance du boucher».

La Chine se développe, certes, mais peut-être pas au sens stricto sensu du développement vers plus de démocratie, comme on aime souvent se rassurer à le penser. Plutôt devons-nous la voir changer.

...à suivre...


Hyperliens
LeNouvelliste, Jean Romain, classiques chinois, confucianisme, taoïsme, légisme, Jean Levi

Référence bibliographique
Han-Fei-tse ou Le Tao du Prince. La stratégie de la domination absolue, Han Fei (présenté et traduit du chinois par Jean Levi), Points Sagesses Seuil, Paris, 1999

* Les spécialistes de la langue chinoise ne me tiendront pas rigueur d'utiliser généralement le système de transcription de l'Ecole français d'Extrême-Orient (E.F.E.O) lorsque j'indique des noms chinois. Il ne s'agit nullement de privilégier l'approche francophone au détriment de celle anglo-saxonne. Travaillant principalement sur la Chine ancienne, à l'instar de Jean Levi je considère que d'un point de vue esthétique et symbolique ce système répond mieux que le pinyin à la transcription des «noms anciens et vénérables dont la mémoire s'engloutit dans la poussière des tombeaux».

Share/Save/Bookmark

Sphere: Related Content

Russie : haute couture militaire 2008

Dans mon billet précédent, j'écrivais que «l'Armée russe n'est plus l'Armée rouge». C'était vendre bien trop vite la peau de l'URSS...

La présentation à Vladimir Poutine en janvier 2008 de quelque 70 modèles d'uniformes prouve que de ce côté-là, l'Armée russe fait toujours dans la haute couture. Comme on le constatera dans ce diaporama, l'envergure des casquettes ne change pas et les parements sont toujours aussi étincelants.
Pas très adapté à des bourbiers du type de la Tchétchénie, certes, mais ça en jette.

Finalement, au vu des modèles féminins, je me dis qu'entre Vladimir Poutine, Anatoli Serdioukov (ministre de la Défense) et le célèbre couturier Valentin Yudashkin, il ne manquait que Sir Elton John pour mettre le défilé en musique.

Et voilà, suffisait de demander...


Share/Save/Bookmark

Sphere: Related Content

La citation,

l'événement,

la chronique,

l'anniversaire,

et le livre du jour

Mon µ-blog

    Rejoignez-moi surTwitter

    ...ou sur
    I'm on Pownce

    Derniers billets

    Libellés

    Ma géolocalisation

    Albums photos

    Ambulance de la Glâne : « L'équipe des rouges » à l'engagement
    www.flickr.com
    Ambulance de la Glâne : Les « Doly's » à la parade
    www.flickr.com

    NAC 2010 : vidéos

    Les 3 candidats en lice pour le remplacement partiel des Tiger
     
    François Monney © 2008 sur un modèle signé Templates para Você ...do Brasil ;-)